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 Le visage de l'incongruité. [Patience]

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Volodia Vacqueyras

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MessageSujet: Le visage de l'incongruité. [Patience]   Dim 30 Jan - 18:06

Ce matin, il est tôt. Il est toujours trop tôt quand les choses se mettent en branle. Et il est toujours trop tard pour influer le cours d'un évènement.

A ceci, on pourrait ajouter des poncifs du genre "le savoir c'est le pouvoir" et l'on en déduit que prévoir comment les évènements vont se dérouler à l'avance donne le pouvoir de les déclencher.
Voilà précisément l'un des objectifs de la nouvelle campagne lancée par le ministère. Quelque chose d'ambitieux, de lumineux et néanmoins suffisamment teinté de cynisme pour être crédible. Le tout est de trouver les bonnes touches… comme une palette de peinture en somme. Un peu d'ocre et on garde léger un goût de sable sur la langue qui évoque le désert, l'étendue. Trop de médiocre et on s'étouffe avec.
Ça serait si facile de tout résumer à une composition de couleur, pense tranquillement la silhouette sombre découpée dans le contre-jour d'une fenêtre.

Ladite fenêtre est, en cette heure matinale, lancée à pleine vitesse sur un boulevard babillant d'activité. L'intérieur est trop confortable, outrageusement spacieux, dégoulinant de moelleux mais aussi terriblement vulnérables aux pannes impondérables. A l'extérieur, c'est la folie chaotique, tranchante et frénétique des départs de la course des vers de terre. Chacun rampe gaillardement, serpente entre les obstacles et file dare dare vers la tâche qui lui a été assignée. Une bonne et saine énergie. Quoiqu'un peu brouillonne…

Un peu trop oui, aux yeux de l'homme sombre qui se tapote maintenant le menton d'un index pensif. Il relève légèrement la tête au passage d'un bus bondé dont seules quelques grappes de visages mornes pressés contre les vitres brisent la buée.
Sans se soucier ce que ça pourrait lui inspirer par comparaison, il étend largement le bras pour attraper une sacoche en cuir rare et déboucle l'attache. Ses gestes nets et précis sont imprégnés de cette étrange lenteur qui donne l'impression d'une distortion temporelle. Et c'est encore plus tranquillement qu'il déplie un journal, une des nombreuses éditions quotidiennes que Volodia Vacqueyras devra lire aujourd'hui. Oh, il pourrait confier cette tâche à des subordonnés trop pleins d'une ardeur à brimer… se taper de la lecture en petits caractères, ça calme. D'ailleurs, il en use avec un certain plaisir machiavélique.
Mais Volodia n'est pas le genre d'homme à accorder sa confiance à des moucherons agités. Le cœur de l'information est là, sous ses yeux, et c'est sa charge que d'en contrôler les moindres syllabes.

Justement, il annote une petite remarque en marge de la page 7, subitement conscient qu'il lui faudra passer un nouveau coup de fil… et sans doute prévoir un autre rendez-vous très prochainement avec le rédacteur en chef de... voyons quelle est cette feuille de choux ? Oh, le "Temps Impérial". Un nom à changer aussi. Quel est l'imbécile qui cite encore l'attentat du 27 comme un "acte désespéré et suicidaire" ?

Avec un léger grognement de contrariété, le ministre replie le canard dans sa serviette et jette un œil au dehors. La linéane du ministère fonce dans un couloir de circulation prioritaire, écartant sans ménagement à coups de klaxons les audacieux ou les idiots qui s'y risquent.
Autour, les gens se pressent sous un ciel gris béton comme le reflet exact du chemin qu'ils suivent. Le sol, le ciel qui se fondent dans un horizon dentellé de buildings-barreaux du même ton. Une métaphore carcérale vient à l'esprit de Volodia. Il fronce les sourcils.
Ce gris nuit au moral des citoyens. La déprime les rend plus mous, inutilement nécessiteux et particulièrement improductifs. Ils deviennent méfiants et les astuces habituelles ne fonctionnent plus.
Mais connaître la météo ne donne pas le pouvoir de la contrôler… du moins pas encore. Il faudrait que les scientifiques fassent quelque chose à ce sujet.

Volodia consulte sa montre d'un revers de manche. 8h16. Il sera à l'heure. Ça lui laisse quelque minutes pour se préparer à l'entretien qui va suivre. Fermant momentanément ses yeux perçants, il rajuste mécaniquement sa cravate comme pour initier le processus. Alors…

Mathilde Garrigue. D'après sa conseillère particulière, entre toutes c'est elle qui conviendra le mieux. Vacqueyras en a convenu. Les critères sont complexes mais en gros, on pourrait les résumer ainsi :

1- Elle dirige sa petite agence avec une certaine poigne, paraît-il. Les gens volontaires gaspillent moins de temps.
2- Sa petite boite reste modeste et donc sera plus facilement soumise aux désirs et exigences particulières du ministère.
3- L'enseigne lui a plu. Sans prétention mais assez accrocheuse... donnant un goût de reviens-y. On l'oublie aussitôt après l'avoir vue mais si d'aventure on retombe dessus, on y trouve un sentiment de familiarité. C'est Exactement le ton qu'il cherche.

Pour finir, Volodia relit rapidement le mail transmis à la directrice de l'agence quelques heures (seulement !) plus tôt.

Date : 16 mars 2075, 18h13.
Objet : Une entrevue.


Madame Garrigue,

Les services de l'Empire sollicitant toujours les meilleurs éléments, il a été décidé en conseil ministériel de recourir aux services de votre agence dans le cadre d'un projet de communication télévisuelle.
A ce titre, nous espérons pouvoir compter sur une image d'une qualité dont nous savons que vous aurez à cœur de porter à l'excellence.

Veuillez également noter que Volodia Vacqueyras, actuel ministre des communications, vous fera l'honneur de se rendre en personne à votre bureau dès 8h30 demain pour convenir des modalités pratiques de l'opération.

Ayant toujours à cœur les meilleurs intérêts de l'empire,
Votre dévouée

Syline Ontrienne
Conseillère particulière auprès du ministre.


S'en suivent les salutations d'usage, le sceau impérial ainsi que le matricule du ministère, etc, etc. Volodia ne sourit pas mais ses lèvres s'étirent en un fin trait de satisfaction. Un ton acceptable. Un peu de flatterie, beaucoup d'exigence et la marque d'une autorité sans conteste. Sans oublier bien sûr l'élément de surprise pressant qui ne manquera pas de déstabiliser sa destinataire.
Oui, une bonne entrée en matière…

Lorsque la linéane noire s'immobilise enfin devant le bâtiment, Volodia se permet un sourire asymétrique qui relève uniquement le coté droit de son visage (un rien mauvais ?) avant d'apparaître et d'entrer, seul, dans l'immeuble de verre.

La linéane repart. Pas de gardes du corps en vue, rien que lui et sa cravate en soie pour tenir tête à toute une bande d'hommes et femmes de l'apparence. Oui vraiment, quoi de mieux pour commencer la journée ?

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Dernière édition par Volodia Vacqueyras le Lun 31 Jan - 11:31, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le visage de l'incongruité. [Patience]   Dim 30 Jan - 19:05

« C'est une PLAISANTERIE ?! »

Nous sommes le 17 mars, dans le bureau de Patience Feather. Et visiblement, Madame Feather n'est pas d'une superbe humeur. Le pauvre petit stagiaire du secrétariat se fait tout petit face à la sous-patronne de l'agence. On lui avait dit qu'il valait mieux éviter de contrarier la titulaire de ce poste, qu'en plus d'être exigeante et lunatique, elle supportait très mal la contrariété. Il en faisait l'expérience, pauvre petit jeune homme.

« N-non, Madame. Madame Garrigue a appelé il y a dix minutes, son fils est tombé dans les escaliers et... Elle a du aller aux urgences en catastrophe. Elle vous charge donc de prendre ses rendez-vous. »

Il se recroqueville un peu plus en voyant le regard mécontent de sa patronne, qui siffle quelque chose d'incompréhensible entre ses dents. Voyant que visiblement, il n'avait pas compris, elle reprend, en détachant chaque syllabes, comme si elle se retenait de hurler.

« Je ne parle pas de cela. Qui a oublié de me prévenir que M. Vacqueyras lui-même venait aujourd'hui ?! »

Elle jette, en même temps, le carnet de rendez-vous papier de la directrice à travers la pièce. Ce dernier effleure le jeune homme qui ne s'en ressent que davantage mal à l'aise.
Eh oui, Madame Feather est dure en affaires, et assez caractérielle. Je vous dis pas toute la vaisselle qui y passe lors des disputes de couple.
Mais finalement, le stagiaire s'en sort sans dommage corporel, et réussit à fuir sous les cris furieux de l'assistante de direction. Cette dernière, fulminante, se laisse alors tomber dans son fauteuil, tapotant nerveusement les accoudoirs. Vacqueyras. Le ministre des communications, en personne. Les Children tomberaient d'accords sur un point : c'était une occasion en or. De le tuer, d'en faire un otage ? Tss, songea-t-elle, l'Empire aura tôt fait de le tourner à son avantage. Elle attrape une balle en tissu, rembourrée aux grains de riz, sur son bureau, et la serre dans ses doigts, pour contrer le stress qui est brusquement monté en elle.
Et pour ne rien arranger, toute l'entreprise était fine stressée, et elle le ressentait jusqu'ici. Ils voulaient plaire au ministre. C'était l'occasion rêvée d'une promotion, et de faire développer l'entreprise. Patience eut une grimace de mépris, serrant la balle dans ses mains à s'en faire mal. Plaire à l'Empire. Le pire, c'est que pour ne pas se griller, elle allait devoir jouer le jeu.
Participer à leur sale jeu pervers. Sélectionner des visages, les aider pour trouver les plus idéaux. Elle croise ses jambes, les dents serrées. Il fallait que Mathilde ait choisi ce jour particulier pour être absente. Bonjour M. le Ministre, vous avez un des leaders du mouvement terroriste devant vous, on fait équipe? Dans un grognement de frustration, elle lance la balle à travers le bureau. Cette dernière rebondit contre la porte avant de s'écraser mollement par terre.

Bon. Étape un : on se calme. Étape 2 : on s'efforce d'adopter son plus beau sourire, le n°9 par exemple, il fera parfaitement l'affaire. On se recoiffe, et on range son bureau. Elle jette un oeil à sa pendule. 8h25. Par chance, elle arrivait suffisamment en avance au bureau pour avoir été informée, criser, et se préparer. Elle remet rapidement son bureau – le meuble – en ordre, et part à la recherche, dans les archives, de dossiers de récents visages. Elle oublie volontairement celui de Karen Veynes, résistante, afin de ne pas en plonger d'autres dans cette tourmente d'aide à l'État.

Dans le même temps, le stagiaire et une secrétaire accueillaient le ministre, avec les flatteries et l'obséquiosité d'usage. Vas y que je te lèche les bottes, vas-y que je te demande si vous avez fait bon voyage. Le genre de choses qui énervent Patience rien que d'y penser. Mais Monsieur le Ministre est bien reçu et conduit jusqu'au bureau de Madame Feather.
On frappe à la porte du bureau. Retour du stagiaire, accompagné, cette fois. Patience se lève de son fauteuil et s'avance vers la porte.

« Monsieur Vacqueyras est arrivé, Madame... »

Patience hoche la tête et le congédie d'un simple geste de la main. Le petit a compris qu'il fallait pas embêter Madame et détale sans demander son rester.

« Monsieur le Ministre... C'est un plaisir de vous recevoir. » Sourire n°9, comme prévu, avec petite pointe de n°5. Elle tend la main vers lui, poliment, dans le but de la serrer. « Je suis Patience Feather, assistante de direction. Madame Garrigue a eu une urgence chez elle, et m'a chargée de vous rencontrer à sa place. Si cela vous convient bien sûr. »

En espérant, même, que cela ne vous convienne pas, que je puisse ainsi sortir de ce moment de torture. Mais, avec le temps, Patience a appris à ne pas toujours dire ce qu'elle pense précisément. Fort heureusement. Sinon elle serait déjà derrière les barreaux.

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MessageSujet: Re: Le visage de l'incongruité. [Patience]   Mar 1 Fév - 16:54

Accueil millimétré, garde-à-vous avec doigt sur la couture pour ainsi dire. Les employés sont tellement complaisants que c'en devient encombrant. Des limaces qui rampent mais il n'y a pas à s'y tromper, s'ils bavent tant, c'est parce qu'ils ont les dents qui rayent le parquet.

Ça tombe bien, l'ambition est justement un des leviers les plus amusant à manœuvrer. Hop, un petit quart de tour vers le haut pour faire fondre de gratitude et du besoin de se rendre utile. Puis, par caprice, un petit quart de tour (ou pourquoi pas, allons-y franchement, trois tours complets) vers le bas… pour renvoyer tout ce petit monde dans l'oubli.

Volodia sait qu'il peut compter sur ce genre de manette dans une petite structure comme celle-ci. Et ce savoir le rend assez joyeux, empli d'une calme sérénité machiavélique. Ces gens vont faire ce qu'ils peuvent pour satisfaire ses demandes et ensuite… mettons que les plus talentueux seront probablement débauchés dans un futur lointain. Les autres auront certainement droit à quelques tours de manette dans le mauvais sens.

Voilà pourquoi il remonte les couloirs moquettés sans paraître géné par la proximité de tous ces complets ou tailleurs trop cintrés. Il savoure et, il faut bien l'admettre, il adore ça.

En chemin, le petit jeune empressé qu'on lui a dépêché lui explique que la directrice est absente et que – par conséquent, nous en sommes navrés monsieur le ministre – il sera reçu par son assistante.
Ce qui est curieux quand il l'écoute débiter cette phrase par petits morceaux hachés, c'est que l'employé n'a pas l'air "navré" par ce changement, mais véritablement (et personnellement) "désolé" que ce soit la sous-directrice qui se charge de l'entrevue. Une personne qu'il redoute sans doute. Donc probablement une personne de caractère.
Intéressant, pense t-il en s'introduisant dans le bureau de cette dernière, on en apprend toujours beaucoup sur un homme ou une femme en décortiquant ses subordonnés moins habiles du masque.

Fidèle à la courtoisie de l'empire qu'il s'efforce non seulement d'incarner mais aussi de dicter, Volodia Vacqueyras adresse immédiatement un léger signe de tête à la jeune femme. Sans exagération, dosé sur l'inclinaison et la vitesse d'exécution. Calculé pour indiquer qu'il n'est pas misogyne mais qu'il reste le supérieur des deux.

Son regard anthracite verrouille immédiatement les traits de ce visage chaleureux. Il n'y détecte aucune émotion réfrénée. Une harmonie placide du front au menton, quelques battements de cils élégants, un regard volontaire et un sourire… ô Sophine, intéressant !
Volodia lui en renvoie une copie qu'il espère exacte (mais difficile à dire, avec un visage masculin), peut-être par taquinerie. Puis lui serre la main avec cette ardeur empressée et faussement humaine des hommes d'affaires que l'humanité n'intéresse qu'au moment du petit déjeuner, entre la page 6 et 7 du quotidien d'information.

- Madame Feather, étant donné les délais, ce contretemps fait bien entendu partie des choses compréhensibles. Je ne vois pour ma part aucun inconvénient à ce que nous discutions tout de même de ce projet dans les moindres détails décisionnels.

Oui oui, le ministre vient ni plus ni moins de demander à Patience d'outrepasser l'avis de sa supérieure. Les absents ont toujours tort n'est-ce pas ?
Il lui sert son regard de fond, celui qui bourdonne derrière les prunelles de ses vis-à-vis. Puis avec un éclat dans les iris qu'il sait impertinent et un soupçon de miel dans la voix :

- Mais je vous en prie, ne soyons pas si formels. Je suppose que votre emplois du temps s'accorde aussi mal que le mien des circonvolutions du protocole (un petit rire aimable, amical… du genre qu'on obtient normalement en mélangeant cinq ans de relations cordiales avec quelques histoires complices au coin d'un comptoir). Offrez moi donc à boire.

Plus Volodia s'efforce d'être un interlocteur redoutable, plus il met à l'épreuve son "adversaire" (et donc s'efforce de jauger sa valeur sur le terrain des réparties à triple voire quadruple sens). Comme un goût pour les engagements subtils de la langue de velours piquetée de mailles d'acier.

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MessageSujet: Re: Le visage de l'incongruité. [Patience]   Mer 2 Fév - 18:33

Dès le hochement de tête que lui adresse le ministre, Patience sait de quoi il retourne. Il assure sa supériorité, hiérarchique ou non. Un mouvement de la tête anodin, et pourtant plein d'un message clair : ne perdons pas de temps, voit-elle dans sa rapidité, avec un soupçon de politesse dans l'esquisse même du mouvement. Instructions données : ciblons l'efficacité, et le gain de temps.
Ça lui convenait entièrement. Moins elle verrait ce toutou de l'Empire, mieux elle se porterait. Néanmoins, aujourd'hui, ce n'était plus son ennemi, l'espace de quelques minutes – ou quelques heures – mais son client. Et un client qui, non content de se montrer exigeant, saurait sans doute, aussi, se croire en terrain conquis. Et le pire, c'est qu'elle devrait lui laisser cette impression si elle ne voulait pas se faire virer. Fichu système.
La poignée de mains est courte, elle aussi, mais elle ne s'en formalise pas ; dans l'univers des affaires, on est toujours pressé et la moindre seconde est importante. Il ne faut donc pas la gaspiller dans une vulgaire salutation.

Elle l'écoute, avec son sourire toujours, mais le laisse fondre, peu à peu, pour un air plus professionnel. Spécialiste des visages, et de leurs expressions, elle maîtrisait suffisamment les siennes pour les adapter à la situation. Avec ces deux professionnels des apparences et, par extension, de la manipulation, on n'a pas fini de vous décrire chaque petit détail de leurs visages, n'est-il pas ?
Si on décrypte ses paroles, il lui demande, assez clairement, de passer outre l'avis de sa directrice, et de prendre les décisions elle-même – avec lui, bien évidemment. Elle aurait procédé ainsi de toute façon – n'est-ce pas son rôle, en tant qu'assistante de direction, de prendre les décisions en l'absence de la grande patronne ? - pour des raisons, une fois encore, de gain de temps – et donc d'argent.
Et maintenant, non content de lui demander de laisser le protocole de côté, il réclame. Bah tiens. Quand on parlait de se croire en terrain conquis... Pourtant, Patience lui sert à nouveau son super sourire hypocrite mêlé à son sourire de vendeuse, l'espace d'une seconde, et appelle un nom dans le couloir : le stagiaire apparaît aussitôt.

« Va donc chercher un café, pour monsieur Vacqueyras. Et ne lambine pas en chemin. »

Le ton est sec, Patience a encore en travers de la gorge l'annonce du matin. Le stagiaire, qui de toute façon est là pour le café et la photocopieuse, hoche nerveusement la tête et file dans le couloir – il réapparaîtra peu de temps après, sans l'ombre d'un doute. La jeune femme ne manque pas d'autorité, ici, il n'y a pas à en douter. Et, croyez-moi, elle a plus d'autorité que la patronne. Plus de caractère aussi.
Elle se détourne et se dirige vers son bureau, indiquant un fauteuil, face à elle, au ministre ; habituellement, elle y reçoit ses futurs mannequins, d'où le fauteuil au lieu de la chaise – pour les détendre par le confort. Elle s'installe à son tour, derrière l'écran de son ordinateur qu'elle pousse sur le côté, afin de faire face à son interlocuteur. Calme, professionnelle. Un tantinet froide.

« Bien, M.Vacqueyras. J'ai été informée il y a peu, mais j'ai cru comprendre que vous solicitez nos services dans l'optique d'une campagne audio-visuelle, c'est bien cela? »

La question, bien que rhétorique, appelait une réponse, voire même des éclaircissements. Mais Patience allait droit au but, sans détour ; concision et précision, rien de meilleur pour un travail efficace.
En parlant d'efficacité... Voici le stagiaire, qui, après avoir frappé timidement, traverse la pièce avec deux cafés – un au lait, qu'il pose du côté de sa supérieure, l'autre noir, qu'il tend au ministre.

« Si... Si vous désirez du lait, ou du sucre, Monsieur le Ministre, je suis à votre service. » souffle-t-il avec un sourire un peu maladroit.

Ce stagiaire ne fera guère long feu dans un univers aussi sélectif que le leur, songea alors sa supérieure. Incapable de gérer ses émotions – elle sentait son stress au point qu'il devenait difficile de le gérer chez elle – et, pire, incapable de les cacher, ou de revêtir un masque – ce qui était essentiel dans le monde des affaires, plus encore chez les professionnels de l'apparence.
Elle le congédie, après cela, d'un signe de la main, ignorant encore son café, et croisant ses doigts sur le bureau.

« Avez-vous une idée de ce que vous recherchez comme profil ? Nous avons beaucoup de modèles différents, et une pré-sélection via certains critères me semble nécessaire. »

Bien sûr, ils n'allaient pas aller directement chercher des photos, et fonctionner au coup de coeur en les examinant toutes. Ils en avaient beaucoup trop pour cela.

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MessageSujet: Re: Le visage de l'incongruité. [Patience]   Jeu 3 Fév - 17:25

Croisant les doigts devant ses lèvres qu'il maintient closes depuis quelques instants, Volodia Vacqueyras se fait la réflexion que cette entrevue pourrait s'avèrer plus intéressante que prévu.
Il s'attendait à du larbinage, des genuflections verbales, des suées froides et jusque là, rien n'avait contredit son à-priori. Pour en maitriser un certain nombre de subitilités, le ministre sait trop bien que le non-dit est primordial.

Un éclat au coin de l'œil qui évoquerait une forme de prédation, dissimulé par un léger plissement des paupières, le réhaussement d'un cil… on farfouille dans le moindre détail de pilosité pour en tirer toute la substantifique moelle.
En face, un sourire affable, impeccable de lustre, d'alignement et d'urbanité. Peut-être un peu trop homogène pour être honnête. Non c'est l'évidence même, madame Feather joue aussi bien du masque que de la plume.

Et c'est bien ce qui fait son éclat diamantin dans cette mine de charbon. Volodia décide qu'il estime cette jeune sous-directrice. Assez, en tout cas, pour lui faire grâce de son jeu habituel. Cette tenue, cet aplomb réclament une autre forme de mensonge. De la grande fable… avec des corbeaux et des renards planqués dans tous les terriers.

Vacqueyras prend place dans le siège indiqué, surpris de le trouver à son goût. Acceptant le café noir (bien noir) de la main molle et moite de ce lombric mal cravaté, le ministre reprend sa respiration et s'apprête à répondre à son interlocutrice mais il se fait couper la parole par l'empressement du garçon de bureau.

- Merci, lui dit-il sans l'ombre d'une contrariété bien qu'il est évident qu'il n'avait pas besoin de se remplir les poumons pour ces deux syllabes.

Lorsqu'il est absolument sûr que personne ne va plus venir jouer les suppliants, il accorde enfin toute son attention à leur affaire.

- Bien entendu, nous avons quelques axiomes de base que je vais m'efforcer de vous résumer en quelques mots. Nous avons l'ambitions de réaliser une série de spots assez courts diffusés aux heures de grande écoute. L'idée serait de faire interagir des représentations des dieux avec celle que nous appellerons pour l'instant "l'avatar de Carképolis".

Une gorgée de café le pose dans le rythme. Pas du grand nectar… mais suffisement amer et racé pour chatouiller la langue. Il hoche la tête et reprend :

- Il nous faudra donc 5 mannequins assez convaincants pour incarner (il lève les doigts successivement) Joséphine, Poline, Sylvin, Augustin et –la plus importante- Sophine.

Volodia ne cherche pas à cacher sa préférence. Tout simplement parce qu'il se sait très exigeant sur cette dernière et que cette information ne peut que guider la "sous-directrice aux sourires parfaits" dans ses choix.

- Quand à l'avatar, nous cherchons quelqu'un de simple. Par contraste, pas aussi beau mais une femme, pour attirer la sympathie immédiate du public masculin et l'identification du public féminin. Nous en avons même une idée assez précise.
Une jeune fille autour de la vingtaine, pas trop petite. La féminité grâcieuse sans attributs excessifs.


Il rajuste sa cravate d'un geste mécanique. Pourquoi pense t-il à Irina (sa fille) dans un moment pareil ?

- Nous voulons qu'elle soit représentative d'un milieu ouvrier simple. Pas de bonzage ou de peau travaillée. (Il se racle la gorge).
La plupart des scènes seront tournées en gros plans alors il nous faut un visage d'une expression exceptionnelle. Il nous faut un visage (pause oratoire) de l'incongruité. Je serai intraitable sur ce sujet. Surtout dans les yeux. Il nous faut des yeux parfaits… gris… vert… (il fait bouger sa main dans un geste vague et plisse le coin des lèvres vers le bas) bruns… un mélange de tout ça.

[hrp : cette description est étrangement famillière hein ?]

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MessageSujet: Re: Le visage de l'incongruité. [Patience]   Mer 9 Fév - 18:28

Patience, de son côté, est attentive. Elle n'essaie pas de décrypter les expressions de son vis à vis plus qu'elle ne l'a déjà fait ; elle a vu ce qui lui semblait essentiel, et savait d'ores et déjà à quoi s'attendre, avec ce maître du mensonge. Pas de surprise, donc, de son côté. Concentrée sur son affaire, et surtout parce que tout le monde évitait son bureau désormais – un invité de marque, ça se respecte – le stress ambiant de l'entreprise la quittait, remplacé par le calme reposant du ministre. Et ça, elle devait bien l'avouer, ça n'avait pas de prix ; il y aurait donc au moins un avantage à être seule dans une pièce avec cet homme.
Bien évidemment, et comme elle le pensait, ils avaient déjà des idées précises de ce qu'ils voulaient. Trop précises, sans doute, pensait-elle. Savoir où chercher était une chose, mais avoir trop de précision les forceraient à passer à côté de certains modèles potentiels, qui auraient pu se révéler parfait. Mais Mr Vacqueyras n'en savait probablement rien, après tout, il était expert en propagande et communication, pas en mannequinat.
Elle le laissa résumer le projet, et, un court instant, la surprise passa dans son regard. Représenter les Dieux. Créer des avatars. En voilà un projet culotté qui risquait de ne pas plaire au clergé ! C'était incroyablement arrogant et déplacé que de penser pouvoir trouver des personnes pour représenter les Dieux. Mais Patience se reprit très rapidement, se doutant qu'ils devaient avoir une idée bien précise de leur projet pour oser un pied-de-nez pareil – surtout après avoir utilisé l'instrument de la religion comme arme pour justifier la ségrégation contre les Draiochtans.
Il ne cache pas sa préférence pour Sophine, et, si cela ne surprend pas l'assistante, qui ne s'en offusque pas plus que ça, elle reste néanmoins étonné que la préférence du gouvernement ne se soit pas tournée vers Poline. Après tout, c'était la déesse de la Communauté... Mais peut-être la déesse du Savoir avait-elle une place plus importante dans le coeur du ministre.

Sans l'interrompre, elle écoute, prend vaguement des notes sur un carnet, pour être sûre de n'oublier aucun détail. Elle note à côté le nom de la déesse, pour savoir à qui cela correspond. Jeune femme, gracieuse sans trop l'être, représentative d'un milieu ouvrier sans que son corps n'en montre les dommages. Visage expressif, des yeux d'une couleur improbable. Et ce sont lesdits yeux qui firent apparaître une personne dans l'esprit de Patience. Des yeux superbes, elle s'en souvenait très bien, de cette petite, qu'elle avait rencontrée dans le métro avant de revoir dans une réunion du Réseau, peu après. Cependant, selon elle, Karen ne correspondait qu'au critère des yeux. Elle avait un visage trop masculin pour évoquer la grâce dont parlait Volodia. Et surtout, un écrivain était rarement bon représentant du milieu ouvrier.

« Je vois... » souffle-t-elle simplement, pour souligner qu'elle a pris note de ce qu'il désire. Son stylo se relève de la feuille sur laquelle elle notait tant de choses et d'autres, alors que, dans son sourire professionnel, toujours, elle reprend d'une voix calme : « C'est un projet culotté. Trouver des avatars des dieux est un challenge. Ça me plaît. »

Elle croise les mains, son stylo sur le côté, prêt à être utilisé à nouveau. Elle sonde un instant le visage de son interlocuteur avant de reprendre.

« Sophine mise à part, avez-vous des idées pour les autres avatars ? Recherchez vous vraiment à ce qu'on voit l'expression du dieu dans le physique – un homme bien bâti pour Augustin, un autre plu svelte pour Sylvin – ou bien désirez-vous plus mettre l'accent sur le fait que les avatars soient des gens auxquels n'importe quel citoyen puisse s'identifier ? Je comprends bien que les deux soient importants, mais quelle serait votre priorité? »

La question n'a rien d'anodin. Que ce soit politiquement, bien sûr, ou professionnellement : c'était savoir si elle aurait plus de liberté en la matière de choix physique, ou non. Car ne choisir que des personnes issues d'un milieu ouvrier et correspondant parfaitement à l'idée qu'on pourrait se faire des Dieux, ça frôlait l'impossible. Et si Patience aimait le challenge, elle ne le remportait pas toujours – ça a d'ailleurs le don de l'agacer.

« Et désirez-vous rester sur les mêmes détails physiques que pour Sophine ? Essentiellement les yeux, et l'expression du visage, pour des gros plans, ou des exigences plus au niveau du corps ? Pour Joséphine, par exemple, prendre une femme enceinte pourrait être une idée ; une femme enceinte, à la peau légèrement bronzée pour évoquer le soleil et les cultures...
« Tout dépend, encore une fois, de ce sur quoi vous désirez mettre l'accent, bien sûr. »

Patience, comme l'a bien remarqué Volodia, maîtrise aussi bien le masque que la plume, et sait trouver ses mots, sait les agencer, de manière à garder la distance respectueuse, le côté professionnel, et, surtout, elle excelle dans l'art de donner l'impression au client qu'il a le choix, alors qu'on l'aiguille vers ses propres idées.

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Volodia Vacqueyras

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MessageSujet: Re: Le visage de l'incongruité. [Patience]   Ven 11 Fév - 11:19

[hrp : désolé pour le cafouillage, du coup j'ai eu un peu de mal à me remettre le pied à l'étrier. J'espère que ça te conviendra comme relance, sinon j'essairai autre chose]

C'est en voyant Feather passer directement aux aspects pratique de l'affaire que Vacqueyras s'autorise un sourire. Soit, elle est pratique. C'est une bonne chose mais il s'attendait à d'avantage de surprise, de contestation… voire même à un refus de but en blanc de se prêter à une mascarade qui pour certains s'apparente un peu trop à un blasphème. En fait il comptait même jouer un peu là-dessus.

Peut-être que la sous-directrice n'est pas très portée sur la religion. Il n'empêche que les entreprises du paraître se soucient toujours de l'image qu'ils propagent. Elle ne peut pas ignorer le risque de lier le nom de son agence à ce projet. Il est vrai aussi que le showbusiness est une affaire de scandales. Plus on y pétille, plus on y fait de frasques et plus on attire à soit l'attention et pourquoi pas… la clientèle.

Volodia fait tourner une nouvelle gorgée de café sous sa langue et repose tranquillement la tasse sur le bureau d'un léger tintement de porcelaine.
Soit, passons donc aux aspects pratiques. Il baisse les yeux sur ses mains croisées, prend une de ces inspirations qui précèdent les grand discours et remonte fixer la jeune femme directement dans le fond des orbites. Puis sans écarter les lèvres, il livre un :

- Mmh.

Passablement décevant. Mais ce n'est que le "la" de la mélodie et lorsqu'il ouvre la bouche, les modulations de ses cordes vocales réglées au millimètre emplissent l'espace sonore d'un baryton doux.

- Je m'aperçois que je vous livre là le reliquat de nos réunions de cabinet, ce qui est parfois proprement indigeste. Je vous ai probablement induite en confusion en employant des termes qui me semblaient aller de soit. C'est là l'écueil des raccourcis de langages… Je m'en excuse.

Il se tapote les lèvres un instant comme s'il cherchait à assembler des phrases qui se tiennent déjà au garde à vous dans son esprit.

- En réalité, ce n'est pas tellement le personnage de Sophine que je viens de vous décrire mais une tierce personne, que j'ai nommé à tort "l'avatar". Désignons la donc par un nom plus commun… Léane.
Léane est la citoyenne de base de notre société ultra-technologique. Elle incarne la simplicité, la franchise et la loyauté par ses vertus de travail et d'abnégation… mais nous voulons aussi lui conférer une touche sentimentale. Voilà pourquoi ses yeux sont importants.
Léane sera notre porte-parole. Elle donnera la réplique aux dieux, les interpellera et renverra finalement certaines des questions que le commun des travailleurs se pose tous les jours.


Balayant l'air d'un geste ample.

- Mais je vous épargne ces détails. Nous sommes ici pour régler le côté esthétique de l'affaire. En résumé, il nous faudra donc six de vos mannequins. Comme vous l'avez compris, il s'agit avant tout de jouer sur l'impression physique. Les lignes de textes seront réduites au minimum, il s'agira donc surtout d'aperçus de visages, de gestuelles et de postures.

Il frappe brièvement des mains l'une contre l'autre et penche la tête. Encore des aspects de détails ?

- Et pour se faire, je m'en remets entièrement à votre jugement. Faites moi trois propositions pour chaque divinité ainsi que pour Léane.

Volodia a conscience que le chausse-trappe est un peu trop voyant. Voilà une manière un brin indélicate de mettre madame Feather sur la sellette.

- Bien sûr, je vous laisserai le temps de monter un dossier en bonne et due forme. Mais… là, spontanément, auriez vous quelque chose à me montrer ?

Il le sait, et elle le sait sans doute aussi, les professions artistiques se jouent beaucoup au "feeling". De fait, les meilleurs sont souvent ceux qui débordent d'inspiration au point que la moindre idée entre immédiatement en ébullition.
De la part du ministre, c'est aussi et surtout une manière de mettre son interlocutrice sous pression. Sera t-elle capable de l'impressionner ou trouvera t-elle assez de ressources pour lui refuser adroitement ce premier aperçu ?

C'est risqué. Vacqueyras n'a pas vraiment de temps à perdre à chercher une autre agence mais il n'a pas non plus l'intention de leur laisser croire que l'affaire est dans le sac. Il sera donc prêt à s'incliner devant son flair ou sa verve, deux qualités indispensables à une bonne directrice, fût-elle assistante… pour le moment.

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MessageSujet: Re: Le visage de l'incongruité. [Patience]   Mar 15 Fév - 15:38

Pwned, la Patoche. Et en beauté. Motivée, certes – enfin, tout est relatif – joueuse du masque, certes, mais, mal interpréter les paroles d’un client, ce n’était jamais une bonne idée. Surtout un client pareil…
Se demandant un instant si induire en confusion était très linéen, elle écoute néanmoins où est son erreur dans la compréhension du discours de l’homme politique. Et là, très vite, tout s’éclaire. Il ne veut pas seulement représenter les Dieux. Il veut aussi représenter la Cité. Et ce sera là que résidera tout le challenge. Patience écoute attentivement, presque songeuse, ce que son interlocuteur a à lui dire, comme si elle semblait peser le pour et le contre.
Et pour bien l’enfoncer dans son erreur, le voici qui lui explique clairement le rôle de Léane. Typique de la personne désirant affirmer son autorité, voire sa domination. Surtout, garde profil bas, et ta grande bouche fermée, pourrait-on presque l’entendre penser. Le monde des adultes est plein d’hypocrisie, et aujourd’hui, elle doit en user plus que de coutume. Douce illusion que celle de l’adolescence, où l’on décidait qu’on haissait quelqu’un parce qu’il était faux-cul
Mais passons. Notre petite Draiochtan a d’autres chats à fouetter. Là, dans l’immédiat, la voici qui réfléchit, à toute vitesse, semblant déjà scanner dans son esprit les modèles qu’elle avait trouvé récemment. Et, pour cet avatar, elle n’en voyait qu’un. Bordel. Le boulot d’abord, ou le Réseau ? Sans compter que, dans un sens, ça pourrait faire un revenu à Karen, que ça pourrait la propulser sur le devant de la scène pour suivre les pas de Summer Rufin, grand mannequin il n’y avait encore pas si longtemps… Et puis, quand on y regarde le côté pratique, c’est un moyen d’infiltration comme un autre.

Elle garde cette pensée dans un coin de son esprit, et se concentre davantage encore. Visages, gestuelles. Voilà les détails qui seront recherchés.
Puis la mise à l’épreuve. Un sourire en coin se dessine sur le visage de Patience, sans doute le premier qui est vraiment sincère. Celui qui veut dire toi, j’t’ai vu v’nir, tu m’auras pas comme ça. Mais il disparait très vite, ne laissant derrière qu’une impression fugace d’inachevé, alors qu’immédiatement, délaissant son café au lit, l’assistante de direction se lève.

« Ça peut se faire. Si vous voulez bien me suivre… »

Patience est une tête brûlée ; et, plus que tout, elle a le goût du risque, et foi en ses capacités. La confiance en soi, arme essentielle pour monter les échelons… Autant dire que la tentative du ministre de la mettre sous pression est un échec. En même temps, sous pression en permanence à cause de son empathie, elle n’était pas à un petit coup de stress près…
Ainsi donc, la voici qui se dirige vers la porte de son bureau, ouvrant le passage au ministre qu’elle laisse passer avant de le guider dans les couloirs de l’entreprise. On traverse un couloir, on tourne à droite. On croise le stagiaire qui fait tout à coup mine d’être particulièrement affairé derrière son écran plat, sans vraiment y prêter la moindre intention.
Elle pousse une porte à battants, planquée au fond du couloir, et descend les escaliers qui s’offrent à elle, ne franchissant qu’un palier. Puis elle s’engouffre dans le studio photo, où un modèle amateur est occupé à se faire photographier. La présence soudaine de la sous-directrice et de son invité de marque a par ailleurs l’air de le perturber.

« Nous ne faisons que passer, fait cette dernière. Ne faites pas attention. » Elle se tourne vers le ministre. « Comme vous pouvez le voir, la plupart des books de nos mannequins sont réalisés ici-même… Avec le plus grand soin. »

Et elle ne mentait pas. Photographes pro, maquilleuse pro, éclairage pro… Ils ne lésinaient pas sur la qualité… Que ce soit du personnel, ou du mannequin ; en effet, ce dernier, un homme d’une vingtaine d’années – probablement un étudiant – n’était pas spécialement beau – au contraire – mais avait des traits très marqués, très forts, dans lesquels résidaient un certains charmes, et qui, surtout, marquaient l’esprit : exactement ce que rechercherait un commercial pour sa campagne de publicité – marquer les esprits le plus profondément possible.
Elle ne s’attarde pas et se dirige, à nouveau, vers le fond de la salle, pousse une nouvelle porte et dévoile la caverne d’ali-baba du mannequinat. Des étagères, entières, couvertes de dossiers plus ou moins poussièreux, des modèles… Et aussi les archives de l’entreprise, ce qui donnait à la pièce des airs de bibliothèques.

« Installez-vous donc, je suis à vous dans une petite minute. »

Elle désigne du bras une table, avec trois chaises, qui sert visiblement aux archivistes et aux employés qui consultent les dossiers pour les classer, ou les ressortir quand ils ont une offre. Patience s’éclipse dans un rayon, et ressort, quelques instants plus tard, par un autre, quelques mètres plus loin, six lourds dossiers sous le bras, parmi lesquels celui d’une certaine Karen Veynes. Six dossiers : trois pour l’avatar, trois pour Sophine. Patience n’était pas stupide et avait compris que c’était ceux qui intéresseraient en premier le ministre – et elle ne pouvait pas en porter plus. Elle s’avance, les pose sur la table, et pousse un soupir de soulagement face à la libération de leur poids.

« Donc. Voici six dossiers, trois que je vous propose pour Léane… » Elle pousse trois dossiers sur le côté. « … Et trois pour Sophine. » Elle posa sa main sur la seconde pile. « Je vous suggère de commencer par ceux-là ; il faut bien commencer quelque part, et ces ceux-là ont l’air de vous tenir à cœur. »

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MessageSujet: Re: Le visage de l'incongruité. [Patience]   Sam 5 Mar - 10:42

[hrp : navré pour le délai, en plus de mes semaines merdiques, j'ai eu un peu de mal à te trouver une bonne relance, j'avoue :/]

Pas le temps de s'émouvoir ! La fougueuse Feather prend d'autorité les choses en main et l'entraîne dans une cavalcade énergique qui fait claquer des talons et tourner des têtes.

La visite est toujours intéressante quand on ne connaît pas bien ce milieu. Ici, ce ne sont pas tant les pianotements sur des claviers fatigués qui règnent, mais plus le crépitement des flashes et le ronronnement des ventilateurs. Il fait étonnement chaud dans la pièce de shoot, probablement lié à l'averse de lumière qui tombe des projecteurs colorés, feutrés ou détournés par des parapluie blancs.

Toujours pas le temps ! La sous-directrice le pilote dans une autre pièce, plus poussiéreuse, plus sombre quoiqu'éclairée de manière reposante et surtout plus calme.
Un endroit où Volodia se sent immédiatement à son aise. Ce n'est pas tant qu'il répugne aux mouvements capricieux des foules et aux exercices mondains (au contraire d'ailleurs) mais la proximité d'une bonne épaisseur de papier a toujours quelque chose rassurant. C'est peut-être ce qui fait le point commun entre un ministre et un rongeur : tout deux raffolent des terriers.
Le papier, ça calme. C'est stable, c'est là, disponible, sans jugement et sans se laisser impressionner. Justement, les dossiers que Patience Feather pose devant lui sont du genre dociles.

Vacqueyras ne pourrait pas nier qu'il est un peu impressionné par la réactivité de son interlocutrice. En quelques tours de mains, voilà qu'elle lui renvoie la balle avec l'agilité consommée d'une joueuse de grands salons. Il sourit en coin – c'est de bonne guerre.

- Mmh, sera son seul commentaire du moment.

Puis il pose la main sur la pile de droite ; c'est-à-dire celle qui contient les dossiers relatifs aux "Léanerinettes". Peut-être par esprit de contradiction ou pour montrer que le jeu des petites rivalités se déroule aussi sur ce genre de mesquinerie. Il feuillette brièvement les premières pages du premier dossier. Une femme forte, volontaire… Il passe à la suite et parcourt ainsi silencieusement les trois premiers exemplaires proposés avec un sérieux non feint.
A un moment, il fronce les sourcils et pointe un regard étrange sur Patience Feather. Qu'à t-il vu ? Pas grand-chose justement. Quelque chose lui déplaît mais il ne parvient pas à mettre le doigt dessus.

Alors, sans mot dire, d'un simple rajustement de cravate, il passe à la seconde pile. Ici les portraits sont plus racés, typés, élégants et distingués. Parfois hautaines sans paraître malsaines. Et pourtant, à nouveau, sans motif visible, il décoche un regard perçant à la jeune femme.

Ce qui ne lui va pas, c'est qu'il réalise qu'il est parfaitement incapable de mesurer la qualité du modèle sur son simple dossier. Les photos, si elles sont expressives sous certaines poses, ne lui permettent pas d'embrasser la totalité de la présence physique de la personne. Ça le dérange, ça l'irrite et surtout, ça l'agace que quelqu'un d'autre soit capable de le faire.
Il est évident que Patience Feather en est capable. Et il est évident qu'elle attend de lui qu'il commente adroitement et intelligemment les présentations. Ah, il s'est mis lui-même dans la panade ! Pourrait-il

Un Volodia irrité, c'est un Volodia qui rajuste un peu plus souvent sa cravate. Sinon, ça ne transparaît pas, ni dans les gestes, ni dans le ton, lorsqu'il prononce d'un ton affable :

- J'aime assez la dénommée Veynes, son regard est intéressant et sa ligne de mâchoire dénote une personnalité hors du commun, ment-il.

Bon aller, il se jette à l'eau en décochant à tout hasard, citant sans regarder, le second dossier de la première pile. Au moins il a une bonne mémoire, c'est toujours ça de pris.

- J'aimerais la rencontrer pour m'en faire une opinion plus complète.

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MessageSujet: Re: Le visage de l'incongruité. [Patience]   Sam 12 Mar - 19:40

Sa ligne de mâchoire ? Un léger tic, à peine visible, agite un des sourcils de Patience. La ligne de mâchoire de Karen dénote une personnalité hors du commun... ? Volodia n'aurait pas pu lui sortir quelque chose de plus banal, et passe-partout. La jeune femme se demanda un instant s'il se moquait d'elle, ou s'il tentait de faire professionnel. Elle lui accorda le bénéfice du doute, bien consciente qu'il était venu s'aventurer sur son terrain et que, forcément, il y était en position de faiblesse. Et elle savait comme les hommes détestaient se retrouver en position de faiblesse face à une femme.
Elle l'a regardé parcourir les dossiers, sûre d'elle, sans sourciller, écopant donc ses regards étranges sans trop savoir pourquoi ce ministre à la noix prenait autant à coeur le réajustement de sa cravate rouge. Mais ce qui décroche un véritable sourire à Patience, presque un numéro 1, c'est de l'entendre vouloir rencontrer Karen. Premièrement, parce que ça signifie qu'il trouve son bonheur ici, et que, si cela se conclut, ça va vouloir dire promotion et probablement prime de fin de mois. Deuxièmement, c'est de la pure mesquinerie, un sentiment de victoire : elle sent l'agacement du ministre, surtout dans cette grande pièce vide où ils ne sont que les deux. Elle ressent, en elle, son agacement, sa frustration. Et, quelque part, sans en être certaine, elle se doute que ces dossiers ne sont pas suffisant pour lui, non-professionnel, pour mesurer la prestance de ces personnes. Alors que bien sûr elle en est capable.
Pwned.
Un point partout, balle au centre.
Maintenant, il s'agit de rester polie, affable, et surtout, de ne pas le laisser prendre l'avantage. Elle est l'experte, elle dirige. Oui, un petit côté dominateur. Mais que voulez-vous, dans le monde des affaires, dominé par les hommes, si on n'a pas ce genre de choses, pour s'imposer, et qu'on est une femme, on se fait rapidement dévorer...

« Ce doit être faisable. Je pense pouvoir vous donner un délai assez court pour cela ; il me semble que son emploi du temps est assez flexible. »

Elle était écrivain, après tout. Elle devrait l'appeler prochainement, pour savoir comment cela pourrait se passer. Genre dans la journée, essayer de fixer un rendez-vous.

« Donnez-moi vos disponibilités prochaines et je vous arrange ça dans un délai de moins d'une semaine. Je peux voir également pour organiser une journée qui serait consacrée au casting des différents dossiers qui attireraient votre attention, pour les représentations des cinq dieux et déesses. » fit-elle calmement.

Une journée, oui. Parce que pour quelqu'un comme Patience, il ne fallait pas plus longtemps pour trouver six personnes, et les embarquer dans un projet. Je ne doute pas que, lorsque la confrontation se fait face à face, il ne fasse pas plus de temps pour ce cher ministre...

« Je mets son dossier de côté. » fit-elle en prenant ledit dossier, organisant une pile. Elle s'empare des deux dossiers restant pour Léane, dans le but de les ramener sur l'étagère. « Je vous amène d'autres dossiers, pour Augustin et Sylvin? » demanda-t-elle, parfaitement à l'aise et consciente de son avantage.

Le fait est qu'elle pouvait aussi organiser une venue de personnes correspondant à l'idée des dieux. Mais cela demanderait au ministre de lui donner une entière confiance, et de la laisser diriger tout cela d'elle-même. Oh, non pas qu'il en serait dessus, mais elle doutait qu'il lui laisse autant de libertés ; c'était un homme, et, pire encore, un homme qui détenait le pouvoir entre ses mains. C'était le genre de personnes qui aimaient diriger et faire les choses lui-même.
Patience pouvait le comprendre ; elle n'avait certes pas d'attributs masculins, mais elle était comme ça également, ce qui était souvent source de tension avec sa directrice... Ou ses employés.

[Désolée, c'est pas super inspiré, mais je suis à court de relance dans un contexte pareil x.x]

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MessageSujet: Re: Le visage de l'incongruité. [Patience]   Mar 15 Mar - 9:59

[hrp : je me permets quelques libertés d'action histoire de relancer le match, j'espère que ça t'ira ^^]

Est-ce qu'il a légèrement penché la tête lorsqu'à grand renfort d'impératifs, la sous-directrice se propose de lui arranger un rendez-vous ? Et plus encore, lorsqu'elle s'apprête à continuer sur sa lancée en lui servant une autre soupe de gueules populaires ?

Volodia n'est pas sûr de vouloir une autre ration. Lui, indécis et perplexe, assis devant le bureau et elle, droite et ferme, debout avec les documents sous le bras ; il a l'impression d'être revenu à l'école. D'être dans la position indélicate de l'écolier qu'on abreuve de données qu'il ne comprend pas. Ça ne lui plaît pas. Il faut absolument qu'il sorte de cet engrenage fallacieux dans lequel il s'est lui-même fourré !

Et puis les choses se précipitent sous la forme d'une courte salve de vibrations contre sa poitrine. Il ravale sa salive et plonge la main dans sa poche revolver pour en tirer son arme de service : un téléphone portable modèle Serenia 300, relativement commun bien que produit par l'une des entreprise les plus florissantes de l'empire.
Un texto. Il le consulte sans sourciller si bien que son interlocutrice pourrait penser qu'il regarde l'heure sur son portable au lieu de se servir de sa montre Altarex (elle aussi sans prétention, d'apparence modeste et austère bien que pour le coup, parfaitement hors de prix).

Vacqueyras se pince brièvement l'arête du nez et lève l'index pour arrêter Patience dans son élan.

- Un instant madame. (Il sourit, et dans ce sourire, il y a toute la pollution médiatique d'un empire aérophage). Je pense que nous ne nous sommes pas tout à fait compris. Il n'est évidemment pas question d'examiner toutes vos excellentes propositions maintenant. Je n'ai pas les même latitudes d'emplois du temps que vos modèles et je suppose que vous avez mieux à faire que de compulser des archives.

Quel fumier quand même quand il s'y met… c'est lui qui lui a demandé de lui sortir des portraits à la base.

- Néanmoins, nous avions prévu une entrevue d'une heure trente, c'est bien ça ? (Il jette un oeil à sa montre cette fois). Ce qui nous laisse encore 45 minutes que nous pourrions exploiter à meilleur escient.

Il lisse le devant de sa veste, et pianote sèchement sur le rebord de la table de ses ongles manucurés. Oui, il n'y a qu'une seule manière de remettre les points sur les i, c'est de sortir Feather de son terrain.
Il se lève d'un coup, rétablissant l'équilibre des postures avec une assurance forgée au feu des caméras.

- Suivez moi.

Ce n'est pas une proposition ni une requête, non, c'est bel et bien un ordre. De but en blanc.
Et cette fois, c'est au tour du ministre de mener la traversée des couloirs et des salles, refaisant à l'inverse tout le parcours qu'ils viennent de faire. Sauf qu'au lieu de se diriger vers les bureaux de Patience, il choisit l'ascenseur et les ramène au rez-de-chaussée.

- Je voudrais vous montrer quelque chose, livre t-il pour toute explication.

Traversant l'accueil à vive allure, il entraîne la jeune femme sur le perron de l'immeuble. Juste devant, bloquant sans vergogne une partie de la circulation, une très longue, très large, très obèse berline noire se repose sur ses enjoliveurs fatigués. Le chauffeur est, comme tous les membres de sa profession, en train de feuilleter un canard, appuyé contre le capot luisant de la voiture. Il se raidit à l'approche de son patron et replie précipitamment le journal qu'il expédie à la va-vite par la fenêtre entrouverte du siège passager.
Puis il retire sa casquette et ouvre la portière arrière pour y faire entrer le ministre.

Sans un regard pour l'employé, Volodia prend place sur les sièges en cuir et fais signe à la sous-directrice de le suivre.

- Boulevard Alexandre Ier, dit-il assez fort pour que le chauffeur aussi bien que Feather entendent.

Avec un nom pareil, on s'en doute, ce n'est pas une virée dans impasse glauque que le ministre propose (impose ?). Le boulevard Alexandre Ier est ni plus ni moins, celui qui dessert le palais.

- Nous vous inquiétez pas, ajoute t-il avec un regard amusé, vous serez de retour en temps et en heure, comme prévu.

La portière reste ouverte, en attente. Le ministre se renfonce plus profondément dans la voiture pour laisser la place. Son sourire s'efface un instant. Il repense au texto qu'il vient de recevoir et sur lequel sa très chère et vipérine épouse à pris soin de résumer :

"Ta fille a encore fait une O.D."

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MessageSujet: Re: Le visage de l'incongruité. [Patience]   Mar 22 Mar - 13:51

Sortir Patience de son terrain. Il y avait de l'idée, en effet. Le souci, c'est que Patience s'adaptait vite : elle était sur son terrain, ici, dans le monde du mannequinat. Elle était sur son terrain, dans les bas-quartiers où elle trainait. Elle était sur son terrain dans les soirées mondaines où il fallait sourire et être hypocrite. Sachant cela, le ministre réussirait-il à la destabiliser en la plaçant sur un autre terrain ?
Les paris sont ouverts.
En tout cas, elle trouve parfaitement malpoli de sa part de consulter ainsi son portable alors qu'ils sont en entretien. Comme quand un mannequin décroche le sien au milieu d'une séance de photos. En général, ledit mannequin se fait mettre dehors à coups de pied au derrière de la part de Madame Feather. Donc, ministre ou pas, elle n'apprécie pas du tout. Du tout. Mais bon, ce type est un peu plus influent qu'un mannequin. Donc on ferme sa bouche, même si l'envie de répliquer sèchement lui titillait les cordes vocales.
Elle cille, et écoute calmement ce que monsieur lui explique. Tiens donc. C'était elle ou il se plaignait de consulter des dossiers... Qu'il avait lui-même demandé ? Espèce de salopard qui me fait perdre mon temps, fustigeait-elle mentalement, sans pour autant le montrer – bien que la disparition de son sourire affable pouvait mettre la puce à l'oreille.
Un temps à exploiter à meilleur escient ? Ce salopard lui reprochait de lui faire perdre son temps ?! Oh, ce qu'elle avait brusquement envie de manger des tripes à la mode de Caen, d'un coup... Les siennes, de préférence. Vraiment. Sale... Grumpf. Le tempéramment colérique de Patience se réveille. Allez poulette, encore trois quarts d'heure à supporter. Trois quarts d'heure. C'est pas la mort, si ?

Néanmoins, elle ne proteste pas. Ni à l'ordre donné, ni à sa façon de se comporter vis à vis d'elle. Encore un de ces hommes qui ne supportent pas de se retrouver en position de faiblesse, et qui s'imposent ainsi dès que quelque chose leur déplaît. Car bien sûr, sans mettre exactement le doigt dessus, elle avait bien vu que quelque chose le mettait mal à l'aise. Et ce genre de réaction... Rah ! Rien de tel pour la mettre en pétard.
Elle marche d'un pas vif, juste derrière lui, curieuse de savoir s'il se retrouvera dans le dédale des couloirs. Malheureusement, il advient qu'il a un sens de l'orientation aiguisé et la mène jusqu'à l'ascenceur, dans lequel elle monte. Elle s'efforce de planquer sa surprise et sa frustration, du mieux qu'elle peut, avec un air neutre et affable, non pas soumis, mais poliment curieux.
Elle sort à sa suite, pince les lèvres à la berline. Bonté divine. Ils n'auront jamais fini de cette auto-satisfaction dégoulinante qu'ils montrent à qui veut bien la voir. Niveau discrètion, c'était raté. Je vis dans le luxe et je l'assume était un texte qui, selon elle, irait parfaitement bien sur le côté de la voiture. Une blague d'adolescent qu'elle aurait pu faire, plus jeune, aurait été de graver cette phrase sur le côté du véhicule. Ça l'aurait amusé. Aujourd'hui, elle trouvait cela immature, mais toujours aussi démonstratif des choses.
Patience s'avance, et salue quant à elle le chauffeur d'un signe de tête bref, s'installant aux côtés du ministre. Elle attrape la ceinture de sécurité et la boucle sans attendre... Jusqu'à entendre l'adresse.
Le boulevard... ?
Mais qu'est-ce qu'il l'emmenait foutre au Parlement ?! Car oui, le Parlement intègre la Citadelle Alexandre aussi bien que les centres décisionnels du gouvernement. Sourcils froncés, son intérêt était définitivement titillé. Qu'est-ce qu'il l'emmenait faire là-bas ? Depuis quand on y laissait entrer n'importe qui ?
Dans le genre changement de terrain, cette fois, c'était radical. Il l'emmenait sur le sien, c'était évident. C'était culotté. Se déplacer pour venir voir les services que son agence proposait, et ensuite l'emmener dans son bureau, c'était définitivement un comportement qui agaçait la jeune femme. Mais encore une fois, elle n'en dit rien.

« Et, si je puis me permettre, qu'attendez-vous de moi pour m'emmener jusqu'au Parlement, Monsieur Vacqueyras? » souffle-t-elle, d'une voix calme, polie.

Mais elle ne sourit plus. La situation l'agace au plus haut point, surtout l'attitude de cet homme qui n'a rien de courtoise.

[Mh oui, c'est pas génial, ça fait rien avancer, mais bon, j'peux trop rien faire \o/]

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Volodia Vacqueyras

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MessageSujet: Re: Le visage de l'incongruité. [Patience]   Jeu 14 Avr - 12:04


Ah ah ! Elle s'inquiète, elle le questionne ! Bien, c'est un bon début. Mais le ministre ne s'y trompe pas, Feather reste parfaitement maître de ses émotions pour le moment. Rien d'anormal, mais elle doit sans doute commencer à laisser monter une légère pointe d'irritation… peut-être une moue un peu trop fermée. Un mouvement un peu sec au moment de boucler sa ceinture… quelque chose ?
Volodia aimerait bien. Les gens énervés sont encore plus faciles à manipuler. Mettre tous les pions du côté de son jeu, ramasser toutes les cartes de la pioche, monopoliser les jetons… appelez ça comme vous voudrez mais Vacqueyras n'aime pas être en position de faiblesse. Il n'aime pas non plus être en position d'équilibre d'ailleurs.

Mais pour le moment ça ne semble être qu'un espoir qui pourrait bien rester mort-né s'il ne s'applique pas d'avantage.
Sans boucler sa propre ceinture, il reste assis, droit et fier, jambes croisées dans sa grosse berline et sourit mécaniquement à la question de Patience.

- Il y a toujours quelque chose qui nous relie au parlement, glisse t-il, énigmatique.

Dirigeant son regard d'acier noir vers la vitre de séparation qui compartimente l'habitacle de conduite du confortable "salon faux-cuir et plastique craqué" des passagers, il enfonce le bouton du communicateur et confirme leur destination, aussi bien pour son chauffeur que pour Patience :

- Au Palais Jilberd !

suite

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Je n'ai pas besoin de connaître ton opinion, je sais ce que tu en penseras quand j'en aurai terminé
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MessageSujet: Re: Le visage de l'incongruité. [Patience]   

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Le visage de l'incongruité. [Patience]

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