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 Roupille Hirondelle

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Roupille Hirondelle

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Métier: Herboriste
Âge: 26
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MessageSujet: Roupille Hirondelle   Ven 22 Avr - 9:30

Roupille Hirondelle
Herboriste digitale


- État Civil -


©Ankooru
– Nom : Hirondelle
– Prénom : Roupille
– Âge : 26 ans
– Date de Naissance : 16 novembre 2049
– Études et/ou Métier : Herboriste colporteuse, onguents, remèdes traditionnels, mère nature et cachets de 9mm.
– Titre/Statut social : Citoyenne célibataire.
– Particularité(s) : Tueuse compulsive.

- Quelques détails essentiels -

– Vos idéaux : Pour tout dire c'est assez confus. Un mélange de rêve et de cauchemar. Un bonbon acidulé au sang. Et pas mal de versatilité. Roupille est juste quelqu'un qui veut s'en sortir mais qui tourne dans sa cage.

– Votre physique :

Brouillonne, désordonnée, peut-être un peu sauvageonne. Pas très grande, plutôt fine, Roupille a des mimiques à base de battement de cils et de moue rêveuse. Elle triture, elle assemble, elle noue ses mèches châtains comme elle le peut. Souvent à l'aveuglette sans trop prêter attention au rendu final. Elle déambule dans ses vêtements sans marque, parfois troués, souvent trop lâches avec ses cernes pratiquement indélébiles sous les yeux et la persistance de griffures légères sur les avants bras qui pourraient la faire passer pour une gamine curieuse (ou une heureuse détentrice de chat revêche).
Il n'y a au final qu'une seule forme de coquetterie chez cette jeune fille pourtant séduisante à sa manière : ses bracelets, ses colifichets tintinnabulants dont elle aime se parer. Un peu partout, du cuir, du métal, du bois. Elle aime cercler sa nuque ou ses poignets de fétiches archaïques qu'elle bricole parfois elle même.
Le jour, elle se promène avec une besace bourrée de remèdes qu'elle tente de fourguer en vadrouillant sur les places et les avenues. La nuit, elle rajoute un petit calibre à son fatras pour les coups durs ou les coups de sang.

– Votre caractère :
Fougueuse et inventive, la jeune Roupille n'est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Son enfance rugueuse lui a conféré une rage de vivre accompagnée d'une combativité mal maîtrisée. Depuis toujours, elle sait que la vie se gagne à coups de poings. Cela ne l'empêche cependant pas d'être une pétillante jeune fille en quête de découverte. Ayant plusieurs fois échappé à des morts certaines, elle goûte avec délectation à la saveur de chaque seconde qui ruisselle sur sa langue. Au fond elle reste une insoumise qui en a trop bavé pour se laisser malmener par l'inconnu. Plutôt que de subir les coups du sort, elle préfère surfer sur les imprévus et s'adapter sans cesse. Elle dissimule ses blessures derrière son regard rêveur mais parfois, elle laisse remonter à la surface une haine incroyable envers le genre humain. La mer limpide de sa joie de vivre se retrouve alors démontée par une rage vengeresse. Lorsque l'orage passe, il n'est pas rare qu'un naufragé de plus soit rejeté sur un quelconque rivage ou retrouvé dans une décharge malodorante. Les corps portent toujours une feuille à la boutonnière. Signature ou hommage ? Elle seule le sait.

– Votre histoire :
Je ne sais pas ce que je fais là. Ce monde n'est pas le mien je n'y peux rien. Et pourtant je m'acharne, je me débats comme un poisson hors de l'eau. Ce monde n'est pas le mien.

Peut-être que parce que je n'étais pas vraiment là, on m'a affublé d'un surnom de rêveuse. C'est comme ça qu'ils m'appelaient : Roupille. C'est tout. Le sobriquet est resté, le prénom a fondu comme un sorbet au soleil. C'est comme ça. Mais ce n'est pas important. Je ne fais que passer.

J'avais une mère, une femme belle et tendre comme toutes les mères en ce monde. Pour m'avoir enfanté dans la douleur, elle savait ce que signifiait le mot souffrir pour les autres. Pour ses yeux clairs et tristes, je porte son nom. Roupille Hirondelle. C'est ce qui est marqué sur le papier que je présente à la sortie du métro.

On raconte pas mal de choses sur mon compte. Ceux qui croient me connaître disent que je suis une peste rêveuse et passionnée. Ceux là ne savent rien du monde des rêves. Pas plus qu'ils ne savent ce qu'est l'enfer. Lorsque l'on côtoie les démons, il faut apprendre à s'en protéger. C'est comme ça que je survis. Ils disent également que je suis instable. C'est peut-être vrai. Comme les saisons, je suis changeante. En enfer, ceux qui n'évoluent pas ne survivent pas.

Mais les raconteurs sont des langues pendantes qui ne savent rien. Ni de mes blessures, ni des rêves qui les pansent. A une époque, j'étais une pleurnicheuse hagarde. Lorsque ma mère est morte, j'avais six ans. Dans le ghetto de Rasa il n'y avait que deux choses que pouvait faire une gamine : vendre son esprit ou vendre son corps. Je n'ai voulu me résoudre ni à l'un ni à l'autre. Lorsque les larmes se sont taries, j'ai laissé une mèche de mes cheveux sur la robe à fleur de maman et je lui ai fait la promesse. La plus importante des promesses car elle émanait d'un esprit trop jeune pour être pétri de cynisme :
"Jamais personne ne me détruira. Ce qui est en moi, c'est tout ce que j'ai. Jamais personne ne me volera mon coeur."


Puis je suis partie.

Temps de l'enfance, temps de la souffrance :



La pluie suintait le long des tôles rouillées de l'abri qui me servait de maison. Ca sentait la tuberculose et le rat crevé. Ca puait la mort. Mes chaussures trouées laissaient des empruntes profondes dans les flaques de boues. En peu de temps je me suis laissé tremper jusqu'aux os. La pluie du ciel me lavait de mes larmes. L'eau coulant le long de mes cheveux dissolvait les liens qui me rattachait à celle que je laissait derrière moi.
La faucheuse était passée. Des liens de vie, des liens de sang, des liens de coeur avaient été tranchés.

J'avais six ans et trois mois. Je venais d'apprendre que la mort était irrémédiable.

Le froid se glissait en moi. Je frissonnais. Des doigts glacés tentaient de m'emmener voir ma mère. Ils secouaient mes os pour les briser comme une carcasse de verre. J'avais promis. Je me suis mise à hurler. Une fillette aux yeux rougis ne peut pas pousser un cri de rage. Du moins pas pour les gens. Alors ils ont décidé de me chasser. Là bas, les comportements étranges étaient synonymes de maladie. Ils ne l'ont jamais su, mais ces pierres qui coupaient ma peau ont été autant de cisailles pour trancher mes chaînes. J'ai couru sous une pluie de haine coupable et de peur pisseuse.

Entre le sang et l'eau, j'ai vu une silhouette grise. Une main parcheminée s'est posée sur mon bras. Pour moi cette image reste gravée comme l'avatar de la momie. J'ai crié. On m'a couvert la bouche. Il me parlait. Il voulait m'emmener quelque part. J'ai refusé. J'avais promis. Les doigts sont devenus des serres cruelles qui tentaient de me déchirer la peau. Je me suis débattue. De toute mes forces, j'ai combattu. Cette silhouette qui me harcelait, c'était la Mort qui venait me chercher. Je l'ai repoussée et la Mort a trébuché sur un caillou. Bêtement il faut le reconnaître. Un petit pas pour le vieillard, un grand plouf pour la Mort. Le canal l'a avalée avidement. Et avec elle toutes mes illusions.

J'avais six ans, trois mois et deux heures. Je venais de comprendre que n'importe qui peut donner la mort.

J'ai couru plus loin. Rasa était une ville tortueuse et tourmentée, à l'image de ses sinistres habitants. Lorsque les adultes abdiquent, les enfants sont livrés à eux mêmes. Alors ils m'ont trouvé. Deux gringalets malingres et une fillette au teint maladif. Une triste allure mais des yeux profonds. Seuls les regards parlent lorsque l'on est affamé et épuisé. Mes semblables, mes frères et soeurs de sang. Petit Gandhi, le grand Rablé et la mignonne Grelotte. D'une poche percée, l'un d'entre eux a tiré un croûton de pain moisi et une boite d'aliment pour chat à peine entamée.

Quand ils sont arrivés, nous étions assoupis dans cette torpeur malsaine qui précède l'apathie. Eux semblaient bien nourris et contents de leurs vêtements. Grelotte a crié quand ils l'ont agrippé par le bras. Rablé s'est battu. Je me suis jetée dans la mêlée comme s'ils venaient d'attaquer ma famille. Mais parce qu'une bande de gamins débraillés ne constituent pas une réelle menace, nous avons été vaincus.

Ils nous ont emmené de couloirs sombres en pièces humides, tirant loquets et verrous derrière eux. La dernière porte s'est refermée sur mon enfance.

Age de raison, âge de passion :



- Nah Roupille bouge toi, le Chauve veut nous voir dans la grande salle !
- Aaarh ! Ne braille pas comme ça au réveil Grelotte, tu veux me percer les tympans ou quoi ?
- Le réveil ? il est déjà midi, qu'est ce que tu fiches à dormir...

De mauvaise grâce, je rejette mes draps froissés. La tête me lance méchamment, comme si on m'y avait enfoncé des cotons tiges pour me touiller la cervelle. C'est de plus en plus fréquent ces temps-ci. D'après Grelotte, c'est lié à la lune et à mon entrée dans le monde des femmes. Pour le moment je dois dire que ça ne me plaît pas trop. En même temps, à treize ans, je suis curieuse de ce "monde des femmes".

- Alors !
- Voilà pas la peine de s'exciter.

L'échelle de bois me laisse encore une écharde dans le pied. Saleté. Dans le couloir, un solide gaillard couvert de boutons manque de nous percuter. Il ne peut pas s'empêcher d'en rajouter une couche sur mon amour de l'oreiller. Le bougre. Je crois surtout qu'il cherche à amuser la galerie. Cette tige de Grelotte a déjà des seins comme des melons alors qu'elle n'a que quatorze ans. Je crois bien que Rablé vient de découvrir en elle autre chose qu'une mijaurée.

- Nah...on passerait pas prendre à manger ?
- Arrête greluche, on est en retard.

Le plancher ciré de la grande salle grince sous nos pas timide. Au fond, vénérable et silencieux, le Chauve nous attend. Nous nous plions au rituel : trois génuflexions et quelques mouvements bizarre avec les mains. Il paraît que ça plaît à la déesse. Ma foi, grand bien lui fasse. La voix du vieillard résonne dans l'ambiance feutrée comme un coup de tambour distendu.

- La Vestale de Lune daigne enfin nous faire don de sa présence ?
- Hey crâne d'oeuf, je bosse la nuit moi ! Je te rappelle que la lune ça se passe quand le soleil est couché.

La main de Grelotte se plaque hâtivement contre ma bouche.

- Pardonnez nous maître. Roupille... heu... la Vestale de Lune est toujours mal lunée.
- Ne dis pas des trucs pareils blondasse ! Toi au moins tu t'occupes des rituels du soleil. La journée à te prélasser derrière les verrières en faisant semblant de méditer tu crois pas que je vais gober ça !
- Va te faire voir, je suis…

- Il est temps.
La voix du vieux maître coupe court à nos chamailleries. Quelque chose d'étrange passe dans sa voix.
- Aujourd'hui, nous allons briser le sceau.
- Briser le sceau ? Pourquoi aujourd'hui ?
- Tu es trop jeune pour l'avoir senti, des forces tiraillent dans le coeur. Un déséquilibre se prépare.

Une voix juvénile s'élève derrière nous :
- Il veut parler du centre commercial. Le vieux aime bien en rajouter question protocole.
Rablé se tient derrière nous, les mains dans les poches et un sourire au coin des lèvres.
- Gmph !
- Ah ne soit pas si coincé, ce n'est pas à nous que tu va jouer ton air.
- Sans les formes, c'est nettement moins stimulant.

Je me lève avec une idée en tête.

- Hey je l'ai senti votre truc ! J'ai mal à la tête depuis quelques jours.
- Vraiment ?
- Ah Roupille va avoir ses règles...
- Graaaah je t'ai dit de ne pas dire çaaaaa !
- Ses quoi ? rajoute Rablé avec son air badin.
- Laisse tomber OK.

- ASSEZ ! Maître des Vents, est-ce que tout est prêt ?
- Ouais, on s'est déchiré avec Gandhi pour vous trouver tout le matos.

Pendant qu'il fait son beau en gonflant ses biceps (je crois que la blonde est fan), je jette un oeil de coté au petit gars qui vient d'entrer à son tour. De notre belle bande de braillards galopants, Gandhi est probablement le seul à se prendre au sérieux dans son service à la déesse. Notre culte est une branche mineure dérivée du Déiduxisme qui consacre son énergie et ses interminables prières compliquées à glorifier Perséphone, la vengeresse fille de Sylvin. Le lierre par qui l'équilibre est tordu. On en parle peu, on passe beaucoup de temps à embourber l'esprit des fidèles dans une logorrhée hypnotisante qui, si elle ne se révèle pas forcément salutaire, est au moins lucrative. En tant que Vestale de Lune, je suis chargée de l'entretien des braseros… et surtout des fumées qu'ils dégagent, c'est-à-dire un mélange de stupéfiants chimiques de synthèse et d'hallucinogènes naturels.

Le soleil est haut, l'air est engourdissant. Un temps idéal pour se prélasser sur une pelouse fraîche. Mais ce n'est pas le sujet. Dans la ruelle, quelques individus louches nous attendent. Ils s'inclinent respectueusement devant le maître. Encore des fanatiques convertis à "la cause" par de belles paroles. Rasa est peuplée de désespérés en tous genres. Quand des hommes pleurent, d'autres prient. Sauf qu'évidement les prières ne servent à rien, alors de temps en temps il faut sortir le matériel lourd pour faire entrer quelques actions de grâce dans le crâne des urbanistes. Perséphone n'aime pas les villes. Ces constructions tentaculaires qui avalent et digèrent la nature. L'empire est peut-être propre mais il est trop symétrique, trop pyramidal.
Perséphone n'aime pas non plus la symétrie. Elle est synonyme d'équilibre, de figisme. Toutes les espèces qui se sont éteintes présentaient des signes de symétrie. Et nous sommes là pour y remédier.

Nous nous dirigeons à un train de sénateur vers le centre commercial des Nappes Chaudes. Rablé trimballe un gros sac sur l'épaule qui fait froncer des sourcils aux vigiles mais on nous laisse entrer quand même dans cette tanière de miséreux.
Des travailleurs en salopette côtoient les quelques Rasaë assez riches pour se permettre une oisiveté dépensière. Notre objectif se trouve plus loin. Nous enfilons les galeries marchandes, suscitant un étonnement mesuré vu la taille de notre petit groupe. Trente personnes qui déambulent à un pas de procession dans un centre d'affairement, forcément ça fait tiquer. Mais les gens sont comme des moutons aveugles quand il s'agit de remarquer les étrangetés.

Bientôt plus rien ne pourra nous arrêter. Un sourire se dessine presque malgré moi sur mon visage. Ce n'est pas tant que je biche ce travail mais je ressens toujours une sorte de jubilation à l'idée de passer derrière le décor. De faire des choses que personne ne fait. De passer outre l'aveuglement. De faire taire tout ces imbéciles.

C'est tellement facile. Tellement simple de pousser cette porte "interdite au public". Sous l'œil indifférent d'une caméra, de passer des coursives musicales à un couloir bétonné brut. D'enfiler un escalier et de croiser un agent d'entretien stupéfait qui, lorsqu'il nous demande ou nous allons, se voit simplement bousculé sur le côté.

- Ça ne va pas tarder, me souffle Gandhi. On se reverra tout à l'heure. Il me serre la main. Je souris. Ça aussi, ça me flanque parfois des maux de têtes. Mais pas de la même manière…

Alors que nous arrivons en haut des marches, un agent de sécurité se découpe dans le contre-jour d'une applique lumineuse, main sur son électro-riger.

- S'il vous plaît ! Cette zone est interdite.

Le vieux frappe dans ses mains. Dispersion !

Nos suivants se ruent en tout sens, c'est la bousculade, on s'éparpille dans toutes les directions. Le type en uniforme ne sait plus où donner de la tête, c'est le but de la manœuvre : confusion chaotique.
Il beugle dans son talkie pour demander des renforts. Mais c'est trop tard pour lui.

- Au nom de Perséphone !

Rablé se marre encore quand nous arrivons au niveau de la colonne de ventilation. Il tire une carte de la poche arrière de son jean.

- Il y a douze points d'accès, il faudra tous les faire.
- Ouais ouais.

Je dévisse rapidement la plaque pendant que Grelotte s'amène, balançant un gros bidon de protoxyde d'azote au bout de son bras malingre. Ouvrir, vider, refermer. L'opération nous prend quinze secondes. On se déplace en tapinois. Il faut faire vite pendant que la sécurité tente de démêler les leurres.

Il y a d'autres surprises dans la musette, des cholinergiques, des hallucinogènes en pagaille, et même des cristaux d'alcaloïdes. De quoi faire un joyeux cocktail dans le centre commercial.
Les choses se passent relativement bien jusqu'à ce qu'on tombe au détour d'un virage, sur un costume noir. Le modèle à oreillette. Le genre qui dégaine son calibre avant même de dire bonjour. Nous nous figeons, médusés.

- Petits cons, lâche t-il.

Grelotte écope d'une solide claque en travers de la figure et tombe dans les bras de son sauveur : le gognant Rablé qui s'étale en arrière. Ne reste que moi, Gandhi est parti avec le vieux et quand aux autres, faut pas trop compter dessus.

Le type dégaine son arme de poing et me la fourre sous le menton. Je recule contre le mur.

- Okay, ne bougez pas vous autres ou je répands la cervelle de votre copine. Pigé ?! Vous allez me déposer toute cette merde par terre et reculer vers les escaliers. Pas d'entourloupe je vous surveille !

L'œil luisant d'une convoitise lubrique, il m'attrape par le bas de la mâchoire et me force à ouvrir la bouche pour y enfoncer le canon de son arme. Je me mets à trembler.

- A genoux ! Aller !

Sa main se met à explorer des endroits qui me font TRES mal à la tête. Un hoquet m'échappe, mes dents claquent sur le métal froid.
Je suis tétanisée, mais je tiens toujours entre mes doigts, le sachet de Gamma-méthamphétamine que je comptais glisser dans la prochaine ventilation.

Le type me force à m'agenouiller puis à me tourner face au mur pour "me fouiller". Dès qu'il relâche son étreinte, je glisse un cachet entre mes dents en faisant mine de me masser la mâchoire.

- S'il vous plaît, dis-je de ma voix de gamine implorante, on ne peut rien faire pour éviter ça ?

Il éclate d'un rire mauvais

- Pt'etre bien !

Il me pelote encore méchamment et finalement me force à me relever. Je suis terrorisée et visiblement ça alimente la raideur de son pantalon. Il faut que je sois coopérative maintenant ou jamais. Je relève la tête et entrouvre la bouche sur une invitation résignée. Il fonce.
Et au moment où il écrase ses lèvres contre les miennes, j'enfonce la pastille de drogue avec ma langue dans la bouche de cet enfoiré de pédophile. Il jubile un très court moment. Jusqu'à ce qu'il se mette à tousser. A cracher. A hoqueter. Il hennit comme un animal sauvage.
Je veux bien le croire. Je commence moi-même à avoir la tête qui tourne alors que je n'ai touché cette saloperie que du bout de la langue. Son arme glisse de ses doigts dans les miens.

Une ferveur sacrée m'envahit tandis que je m'apprête à lui déséquilibrer l'entrejambe une bonne fois pour toute.

La détonation éclate. Le sang gicle contre le mur. Une fumée acre me monte au nez, je perds pied. Une explosion d'adrénaline noie mes sens. Je suis transportée par l'extase, le délice de cette drogue trop forte qui consume la mèche de mes nerfs. Je crie. Je suis au bout du rouleau, charriée par une vague immonde qui mélange une délicieuse et incidieuse caresse au fond de mon ventre.

- Roupille mais t'es dingue ?!

Je crois que j'ai moins mal à la tête a présent. Je suis entrée dans le monde des femmes ?


Le coeur balance, l'errance commence :


J'ai mis du temps à revenir de cet épisode. Une honte haineuse me submergeait souvent, la nuit, pendant mon office. Mais rien à faire, j'ai connu mon premier orgasme dans un mélange de trouille et d'extase chimique provoquée par l'ingestion d'une drogue dure... en tuant quelqu'un.
Et depuis les deux sensations sont intimements liées. Trop pour que j'en reste indemne. Il fallait pourtant que ça change. Il fallait que je change.

Mais le quotidien jouait contre moi. Et s'il y avait une chose qui ne changeait pas au temple, c'était bien la quantité de linge à laver à chaque fois. La mignonne qui partageait cette tâche avec moi était encore fourrée quelque part avec ce dadais de Rablé. Et c'est encore la cadette qui devait se trimballer la corbeille vers les lave-autos dans la ruelle moisie.

Je me rappelle vaguement avoir sympathisé avec un type. Mais la conversation a vite pris une tournure trop manuelle à mon goût. Les mecs étaient (sont ?) décidément tous des obsédés. Etre bien foutue dans un quartier miteux est presque aussi pénible que d'avoir un ulcère à l'estomac. C'est une lutte pied à pied où il faut être attentive à chaque instant. Quoiqu'il en soit, le coquet est repartit la queue entre les jambes avec ma pointure tatouée au cul.

Rasa n'avait pas changé mais moi si. J'en avais ma claque de cette ville pourrie et de son air vicié. Le soir, je confectionnais des pommades avec le vieux pour soigner son arthrite. Il commençait sérieusement à décliner et nécessitait de plus en plus de soins. Rablé et Grelotte filaient la romance dès qu'ils en avaient l'occasion et Gandhi jouait au mystique illuminé qui ne se sent pas concerné par les tâches terrestres. C'est donc moi qui me coltinais le boulot d'infirmière particulière. Enfin...au moins lui n'avait pas les mains baladeuses. Notre mission sacrée de tordeurs de rectitudes avait apparemment été mise en pause par les lubies de chacun. Et moi je restais là, entre les tourtereaux, le moine et le pépé à me demander comment réparer ce qui s'était brisé en moi.

C'est en tournant à l'angle de la rue Char que je l'ai sentie. La fumée. La porte était enfoncée, des traces de pas boueuses maculaient le plancher ciré. J'ai couru sans réfléchir. A l'intérieur, des traces de violence gratuite ornaient les murs et le sol. Aucun signe de vie à cet étage. Les escaliers grinçaient plaintivement. Il faisait de plus en plus chaud. En bas, j'ai vu Gandhi. Il tenait un solide bâton dans ses bras maigrelets. Les corps inconscients à ses pieds en disaient plus long qu'un discours sur son habileté avec cette arme. Je n'avais jamais vu ces hommes. Nous avons échangé un regard. J'ai lu sa haine, il s'est abreuvé de ma peur. J'ai ramassé un pistolet et nous avons continué côtes à côtes.

Mes pots avaient été renversés. Les salauds...trois mois de travail pour constituer une pharmacie convenable réduits en miette par une savate joueuse. Nerveusement, je jouais avec la sécurité de l'arme. Je retrouvais des sensations famillières. Ce n'était pas bon.
En ouvrant la porte suivante, nous avons tous deux entendu le râle. Les yeux écarquillés, je l'ai regardé ramper vers nous, baignant dans son sang. Grelotte était à moitié nue, son visage crispé sous la douleur était insoutenable. Je n'ai pas pu m'approcher. Je ne voulais pas voir ce qu'il restait de ma seule amie, ma soeur. Sa main poisseuse étreignait un morceau d'étoffe noire. Gandhi s'est accroupi auprès d'elle et s'est mis à lui parler doucement. Moi je suis restée en retrait, des larmes acides coulant sur mes joues noircies de crasse. La fumée devenait de plus en plus épaisse. Lorsque mon petit frère s'est relevé, son regard brillait d'une nouvelle rage. Il m'a demandé de rester en haut. Pas question. Nous sommes descendu. Et là ils nous ont assailli. Ils nous attendaient en bas de l'escalier. Trognes égrillardes mal rasées, certains avaient encore le pantalon débraillé. Gandhi a hurlé quelque chose. Son bâton tournoyait dans la pénombre, environné par les éclairs des détonations. Brave mais obsolète, le moine au bâton ne pouvait pas gagner. J'ai vu mon frère se faire dégommer en pleine tête par un grand type qui se la jouait ténébreux.

- Fallait pas déconner au centre commercial ! Monsieur Riper te présente ses hommages ! Pute !

En cet instant, toute ma fureur s'est dirigée contre lui et sa tignasse de beau gosse. J'ai crié. J'ai tiré. Oh oui. J'ai tiré. Et la passion est revenue. La sueur blanche, la fièvre poisseuse et torride qui sèche les lèvres et durcit la poitrine.

POURQUOI ?!

Aveuglée, assourdie, suffocante, je me suis enfuie. L'escalier... la porte... le couloir...le plancher maculé...la porte lumineuse...la clarté aveuglante du soleil...la foule de badauds étonnés...la course sans fin.

Je me suis arrêtée lorsque mes poumons menaçaient de s'embraser. Chaque goulée d'air me mettait au supplice. Quand je me suis relevée, j'avais à nouveau tari mes larmes. Mes doigts crispés autour de la crosse du pistolet me brûlaient comme s'ils enserraient de la braise. Je me rappelle avoir vidé le chargeur sur les objets qui m'entourait. Je me comblais le vide par un besoin de détruire. Ils m'avaient volé. J'avais pourtant promis. Ils m'avaient détruite. Les promesses d'une gamine ne valent rien face à la réalité.

Je suis partie sans trop savoir où aller. Il fallait que je quitte cette ville. Une nouvelle existence d'errance commençait pour moi. Je me suis adaptée. Le chauve m'avait enseigné la science des plantes et je vendais mon savoir sous la forme de baumes. A défaut de pouvoir soigner mes propres blessures, je m'efforçais de garder une trace d'humanité en soulageant celles des faibles. J'ai parfois peur de devenir folle...mais ne dit-on pas que l'hirondelle fait le printemps ?

Ma route m'a aujourd'hui conduite vers la capitale, comme un papillon attiré par une trop forte lumière. Il existe probablement une réponse à toutes mes questions ici. Ici les choses s'agitent, je sens les tensions qui animent le coeur de la ville. C'est ici que trône le maître, mais c'est également ici qu'il est le plus contesté. Pour la première fois, j'entends parler de la "résistance". Peu importe pour le moment, il faut surtout que je creuse mon trou. Les gens des villes ne savent plus rien de la nature. Je sais que les affaires y seront florissantes. Et si la clientèle vient à manquer, je peux toujours relancer la demande en abaissant le chien de mon Beretta.

– Et la religion, dans tout ça ? Roupille s'est littéralement fait laver le cerveau pendant sa petite enfance. Elle n'est pas fanatisée mais son comportement erratique a quelque chose d'inquiétant quand à l'intégrité de son libre-arbitre. Techniquement, elle est dévolue à Perséphone, une déformation hérétique et sectataire du culte de Sylvin.

Hors-Jeu


– Avatar choisi pour le personnage : modèle de la galerie d'Ankooru sur DeviantArt
– Comment avez-vous connu le forum ? Par moi-même, il y a longtemps \o/
– Vous avez sans doute lu le règlement. Quel est le mot-code ? Edit Admin OK

Mes Compétences


Dextérité
Soins de Base
Tir avec Petit Calibre
Connaissance des Végétaux
Connaissances en Drogues
Couture
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Roupille Hirondelle

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